L’indulgence plénière, ses conditions et les œuvres qui la donnent
Par Grégoire Lestrade · Mis à jour le 15 octobre 2026

Une indulgence plénière remet, selon la doctrine catholique, toute la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés. Elle suppose une œuvre prévue par l’Église, trois conditions (confession, communion, prière aux intentions du pape) et le rejet de tout attachement au péché, même véniel.
Ce qu’est une indulgence plénière
L’Enchiridion des indulgences la définit comme la remise, devant Dieu, de la peine temporelle due pour des péchés dont la faute est déjà effacée. L’Église l’accorde en puisant au trésor des satisfactions du Christ et des saints (norme 1).
L’indulgence plénière libère de toute cette peine, l’indulgence partielle d’une partie seulement (norme 2). Aucune des deux ne pardonne le péché lui-même, qui relève de la confession ; elles portent sur ses suites.
- Une seule plénière par jour, sauf à l’article de la mort (norme 18).
- Partielle : autant de fois que l’œuvre est accomplie.
- Pour soi ou pour un défunt, jamais pour une autre personne vivante (norme 3).
- Pour un baptisé en état de grâce, au moins à la fin des œuvres prescrites (norme 17).
Les conditions de l’indulgence plénière
L’Enchiridion pose trois conditions et une disposition intérieure, en plus de l’œuvre elle-même (norme 20, § 1).
- Confession sacramentelle : une seule suffit pour plusieurs indulgences plénières (norme 20, § 2).
- Communion eucharistique : une par indulgence.
- Prière aux intentions du pape : un Pater et un Ave suffisent, ou toute autre prière au choix (norme 20, § 5).
- Rejet de tout attachement au péché, même véniel.
- Œuvre prescrite, accomplie avec l’intention, au moins générale, de gagner l’indulgence (norme 17, § 2).
Les trois conditions peuvent se remplir plusieurs jours avant ou après l’œuvre. L’Enchiridion souhaite toutefois que la communion et la prière pour le pape aient lieu le jour même (norme 20, § 3).
Si l’une d’elles manque, ou si l’attachement au péché demeure, l’indulgence plénière devient partielle (norme 20, § 4). Un confesseur peut adapter l’œuvre ou les conditions pour une personne empêchée (norme 24).
Les œuvres qui donnent une indulgence plénière chaque jour
Quatre œuvres permettent d’obtenir une indulgence plénière tous les jours de l’année, dans la limite d’une par jour.
| Œuvre | Précision | Concession |
|---|---|---|
| Adoration du Saint-Sacrement | au moins une demi-heure | 7 |
| Lecture de la Bible | lecture ou écoute, au moins une demi-heure | 30 |
| Chemin de croix | exercice pieux mené jusqu’au bout | 13 |
| Chapelet | à l’église, en famille, en communauté ou en groupe | 17 |
Le Credo récité avec foi donne, lui, une indulgence partielle (concession 28).
Obtenir une indulgence plénière, pas à pas
- Choisir l’œuvre, par exemple une demi-heure d’adoration ou un chemin de croix.
- Se confesser dans les jours qui précèdent ou qui suivent.
- Communier, de préférence le jour même.
- Prier aux intentions du pape, au moins un Pater et un Ave.
- Accomplir l’œuvre en renonçant à tout péché, et en formant l’intention de gagner l’indulgence, pour soi ou pour un défunt.
Si le détachement du péché, même véniel, n’est pas complet, l’œuvre n’est pas perdue : l’Enchiridion prévoit alors une indulgence partielle (norme 20, § 4).
L’indulgence plénière à l’article de la mort
Le prêtre qui assiste un mourant doit lui donner la bénédiction apostolique, à laquelle est attachée une indulgence plénière (concession 12).
- Sans prêtre, l’Église l’accorde elle-même au mourant bien disposé, s’il a prié habituellement durant sa vie.
- Les trois conditions sont alors suppléées par l’Église.
- L’usage d’un crucifix ou d’une croix est recommandé.
- Elle reste possible même si une autre indulgence plénière a déjà été obtenue ce jour-là.
Indulgence plénière pour les défunts
Toute indulgence, plénière ou partielle, peut être offerte pour un défunt, par mode de suffrage (norme 3). Deux concessions ne valent que pour les âmes du purgatoire (concession 29).
- Du 1er au 8 novembre, chaque jour : visiter un cimetière et prier pour les défunts, même en silence.
- Le 2 novembre : visiter une église ou un oratoire et y réciter le Pater et le Credo ; avec l’accord de l’évêque, le dimanche voisin ou la Toussaint conviennent aussi.
Ces deux indulgences plénières suivent les conditions habituelles : une seule confession peut couvrir toute l’octave, mais chaque jour demande sa communion et sa prière pour le pape. Hors de ces dates, la visite d’un cimetière avec une prière pour les morts donne une indulgence partielle, applicable à eux seuls.
Les indulgences partielles les plus courantes
Beaucoup de prières familières donnent une indulgence partielle, sans les conditions de la plénière, pourvu que le cœur soit contrit (norme 4).
- L’Angélus ou le Regina caeli, matin, midi ou soir, et le Magnificat (concession 17).
- Une prière mariale approuvée, comme le Salve Regina ou le Sub tuum (concession 17).
- Une visite au Saint-Sacrement, ou une prière comme l’Adoro te devote (concession 7).
- Le Te Deum ou le Veni Creator en dehors des dates prévues (concession 26).
Dates et occasions particulières
- 31 décembre : assister au chant solennel du Te Deum dans une église, pour remercier de l’année écoulée (concession 26).
- 1er janvier et Pentecôte : chant solennel du Veni Creator (concession 26).
- Vendredi saint : adoration de la Croix pendant l’office (concession 13).
- Jeudi saint : Tantum ergo pendant la reposition du Saint-Sacrement, après la messe du soir (concession 7).
- Fête-Dieu : procession eucharistique solennelle (concession 7).
- Article de la mort : même sans prêtre, pour qui a prié habituellement durant sa vie (concession 12).
Le texte du Te Deum et le sens de la Fête-Dieu sont présentés sur des pages dédiées.
Textes de référence et histoire récente
La discipline actuelle repose sur la constitution apostolique Indulgentiarum doctrina de Paul VI, du 1er janvier 1967. Elle a supprimé les durées en jours ou en années attachées aux indulgences partielles.
L’Enchiridion indulgentiarum, recueil officiel, a connu sa première édition le 29 juin 1968 et sa quatrième en 1999, par décret de la Pénitencerie apostolique du 16 juillet. Le Catéchisme de l’Église catholique en résume la doctrine aux numéros 1471 à 1479.
- Indulgentiarum doctrina (1967) : principes et normes générales.
- Enchiridion indulgentiarum (4e édition, 1999) : normes et liste des concessions.
- Catéchisme, nn. 1471 à 1479 : exposé doctrinal, avec le lien entre indulgence, pénitence et communion des saints.
Questions fréquentes
- Combien d’indulgences plénières par jour ?
Une seule, d’après la norme 18 de l’Enchiridion. L’exception est l’article de la mort, où une seconde reste possible le même jour.
- Faut-il se confesser le jour même ?
Non. La confession peut précéder ou suivre l’œuvre de plusieurs jours, et une seule suffit pour plusieurs indulgences ; la communion et la prière pour le pape se font de préférence le jour même.
- Peut-on gagner une indulgence plénière pour un vivant ?
Non. On peut la gagner pour soi ou l’offrir pour un défunt, mais pas l’appliquer à une autre personne vivante.
- Que se passe-t-il si l’on reste attaché à un péché véniel ?
L’indulgence devient partielle. La remise complète suppose le rejet de tout attachement au péché, même véniel.
- Quelle prière pour les intentions du pape ?
Un Notre Père et un Je vous salue Marie suffisent. L’Enchiridion laisse chacun libre de choisir une autre prière selon sa piété.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.