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Salve Regina : paroles en latin, traduction et chant

Par Grégoire Lestrade · Mis à jour le 15 octobre 2026

Missel latin à tranche dorée ouvert avec ses signets de soie et un chapelet noir

Le Salve Regina est l’antienne mariale qui salue la Vierge comme « Mère de miséricorde » et conclut les complies une grande partie de l’année. Voici ses paroles en latin et en français, leur sens, leur prononciation et leur histoire, attestée depuis 1135.

Les paroles du Salve Regina en latin et en français

Le latin est celui que donne l’appendice des prières du Compendium romain de 2005. La traduction française est celle de l’auteur ; elle colle au latin plutôt qu’aux versions chantées en paroisse, et garde le vouvoiement des anciens livres.

Salve, Regina
Salve, Regina, Mater misericordiae,Salut, ô Reine, Mère de miséricorde,
vita, dulcedo et spes nostra, salve.notre vie, notre douceur et notre espérance, salut.
Ad te clamamus, exsules filii Evae.Vers vous nous crions, enfants d’Ève exilés.
Ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrimarum valle.Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
Eia ergo, advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte.Allons donc, notre avocate, tournez vers nous vos yeux pleins de miséricorde.
Et Iesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exsilium ostende.Et Jésus, le fruit béni de votre sein, montrez-le-nous après cet exil.
O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria !Ô clémente, ô bonne, ô douce Vierge Marie !

Le sens du Salve Regina, phrase par phrase

  • Salve, Regina, Mater misericordiae : « salve » souhaite la santé autant qu’il salue. Le mot « Mater » semble n’avoir été ajouté qu’au XVIe siècle.
  • Vita, dulcedo et spes nostra : trois titres donnés à Marie, encadrés par deux « salve ». Le latin les juxtapose sans verbe, à la manière d’une litanie.
  • Exsules filii Evae : les enfants d’Ève vivent en exil ; l’antienne voit la vie terrestre comme un éloignement de la patrie.
  • In hac lacrimarum valle : l’image de la vallée des larmes vient du psaume 83 de la Vulgate.
  • Eia ergo, advocata nostra : « eia » est une interjection d’encouragement ; Marie y devient l’avocate qui plaide la cause des exilés devant son Fils.
  • Post hoc exsilium ostende : la dernière demande porte sur l’au-delà, voir Jésus une fois l’exil achevé.
  • O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria : le mot « Virgo » n’est entré dans l’exclamation finale qu’au XIIIe siècle.

Prononcer le Salve Regina

Quatre sons posent l’essentiel des difficultés : le « c » adouci, le « g » adouci, le « x » et le « ae » final. Le Salve Regina se dit « sal-vé ré-dji-na ».

MotPrononciationRemarque
misericordiaemi-zé-ri-kor-di-éaccent sur « cor »
dulcedodoul-tché-do« c » devant « e » se dit « tch »
exsulesèk-sou-lèss« xs » se réduit à « ks »
Evaeé-védeux syllabes, aucune nasale
gementesdjé-mèn-tèss« g » devant « e » se dit « dj »
Eiaé-yale « i » sert de liaison
exsiliumèk-si-li-oumquatre syllabes

Sur la mélodie solennelle, la première syllabe de « Salve » porte une longue vocalise. En récitation, chaque mot garde son accent naturel : mi-se-ri-COR-di-ae, ad-vo-CA-ta, ex-SI-li-um.

Qui a écrit le Salve Regina

L’auteur reste inconnu. Trois attributions circulent depuis le Moyen Âge, et aucune ne s’appuie sur un manuscrit sûr. L’histoire du Salve Regina se lit donc dans les livres de chant qui l’ont transmis.

DateFait
1054Mort d’Hermann Contract, bénédictin, à qui une chronique de la fin du XVe siècle attribue l’antienne
1098Mort d’Adhémar de Monteil, évêque du Puy, autre auteur supposé
1135Pierre le Vénérable la fait chanter à Cluny pour la procession de l’Assomption : première mention datée
vers 1175Un antiphonaire cistercien (BnF, NAL 1412) en donne la plus ancienne partition complète connue
1249Le chapitre général des franciscains, à Metz, adopte les quatre antiennes mariales
1302Le concile de Peñafiel demande de la chanter après complies dans chaque église

La légende qui prête à saint Bernard l’exclamation finale ne tient pas : celle-ci figure déjà dans un manuscrit antérieur à sa visite à Spire, en 1146.

Le chant grégorien et l’usage à complies

Le Salve Regina se chante sur deux mélodies du chant grégorien : le ton solennel, en premier mode, du XIIe siècle, et le ton simple, en cinquième mode, du XVIIe siècle.

Dans la forme traditionnelle de l’office, l’antienne conclut les complies du samedi qui précède la Trinité jusqu’au vendredi qui précède le premier dimanche de l’Avent. Le reste de l’année, trois autres antiennes mariales prennent le relais, dont le Regina caeli au temps pascal.

  • Les dominicains la chantent en procession après complies, coutume née du vivant de Jourdain de Saxe.
  • L’Enchiridion des indulgences la cite parmi les prières mariales qui donnent une indulgence partielle.
  • Elle se chante souvent à la fin d’une messe ou d’un pèlerinage, hors de son cadre liturgique.
  • Les polyphonistes l’ont souvent mise en musique : un manuscrit de Munich des années 1520 réunit à lui seul vingt-neuf Salve Regina à plusieurs voix.

Questions fréquentes

Que veut dire Salve Regina ?

« Salut, Reine ». Les deux premiers mots saluent Marie comme reine, avant de l’appeler « Mère de miséricorde ».

Quand chante-t-on le Salve Regina ?

Traditionnellement à la fin des complies, du samedi avant la Trinité jusqu’à la veille de l’Avent. On l’entend aussi à la fin de messes, de pèlerinages ou de chapelets.

Est-ce une prière ou un chant ?

C’est une antienne : un texte liturgique fait pour être chanté, qui se récite aussi comme une prière. L’Enchiridion des indulgences le range parmi les prières mariales.

Existe-t-il une traduction officielle en français ?

Plusieurs versions circulent dans les livres de prière. Celle de cette page est une traduction personnelle, proche du latin, pensée pour comprendre le texte chanté.

Qui a composé la mélodie ?

Elle est anonyme. Le ton solennel, en premier mode, remonte au XIIe siècle ; le ton simple, en cinquième mode, au XVIIe siècle.

Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.

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