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Te Deum : définition, paroles et grandes compositions

Par Grégoire Lestrade · Mis à jour le 15 octobre 2026

Missel latin à tranche dorée ouvert avec ses signets de soie et un chapelet noir

Le Te Deum est une hymne latine d’action de grâce dont le premier verset dit « Ô Dieu, nous te louons ». Chantée aux matines des dimanches et des fêtes, elle accompagne aussi les grandes actions de grâce et a inspiré Lully, Charpentier, Berlioz et Bruckner.

Te Deum, définition et place dans la liturgie

L’hymne tire son nom de ses premiers mots. Les manuscrits anciens l’appellent aussi « hymne ambrosienne » ou « hymne du dimanche », et le mot désigne par extension toute cérémonie de remerciement où on la chante.

  • Office de nuit : dans la forme traditionnelle, elle conclut les matines des dimanches et des fêtes.
  • Liturgie des heures : elle clôt l’office des lectures des dimanches, des solennités et des fêtes.
  • Missel de 1962 : chaque jour où le Te Deum est dit aux matines, le Gloria est chanté à la messe.
  • Actions de grâce publiques : victoires, sacres, fins de guerre, ou dernier jour de l’année.
  • Indulgence : l’Enchiridion accorde une indulgence plénière à qui assiste à son chant solennel dans une église le 31 décembre.

Les conditions de cette indulgence sont détaillées sur la page indulgence plénière.

Les paroles du Te Deum en latin et en français

Le latin suit le texte liturgique transmis par la tradition ambrosienne ; la traduction est celle de l’auteur. Les vingt-neuf lignes se répartissent en trois parties, expliquées plus bas.

Te Deum laudamus
Te Deum laudamus : te Dominum confitemur.Ô Dieu, nous te louons, nous te reconnaissons pour Seigneur.
Te aeternum Patrem omnis terra veneratur.Toi, le Père éternel, toute la terre te vénère.
Tibi omnes angeli, tibi caeli et universae potestates,Vers toi tous les anges, vers toi les cieux et toutes les puissances,
tibi cherubim et seraphim incessabili voce proclamant :vers toi les chérubins et les séraphins clament sans cesse :
Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth.Saint, saint, saint, le Seigneur, Dieu des armées.
Pleni sunt caeli et terra maiestatis gloriae tuae.Le ciel et la terre sont remplis de la majesté de ta gloire.
Te gloriosus apostolorum chorus,C’est toi que loue le chœur glorieux des apôtres,
te prophetarum laudabilis numerus,toi, la troupe digne de louange des prophètes,
te martyrum candidatus laudat exercitus.toi, l’armée des martyrs vêtue de blanc.
Te per orbem terrarum sancta confitetur Ecclesia,Par toute la terre, la sainte Église te reconnaît :
Patrem immensae maiestatis ;Père d’une majesté sans mesure,
venerandum tuum verum et unicum Filium ;ton Fils, vrai et unique, digne d’être adoré,
Sanctum quoque Paraclitum Spiritum.et aussi l’Esprit-Saint Paraclet.
Tu rex gloriae, Christe.Toi, Christ, roi de gloire,
Tu Patris sempiternus es Filius.tu es le Fils éternel du Père.
Tu, ad liberandum suscepturus hominem, non horruisti Virginis uterum.Pour libérer l’homme en prenant sa nature, tu n’as pas eu horreur du sein de la Vierge.
Tu, devicto mortis aculeo, aperuisti credentibus regna caelorum.Vainqueur de l’aiguillon de la mort, tu as ouvert aux croyants le royaume des cieux.
Tu ad dexteram Dei sedes, in gloria Patris.Tu sièges à la droite de Dieu, dans la gloire du Père.
Iudex crederis esse venturus.Nous croyons que tu viendras pour juger.
Te ergo quaesumus, tuis famulis subveni, quos pretioso sanguine redemisti.Nous t’en prions, viens en aide à tes serviteurs, rachetés par ton sang précieux.
Aeterna fac cum sanctis tuis in gloria numerari.Fais qu’ils soient comptés avec tes saints dans la gloire éternelle.
Salvum fac populum tuum, Domine, et benedic hereditati tuae.Sauve ton peuple, Seigneur, et bénis ton héritage.
Et rege eos, et extolle illos usque in aeternum.Conduis-les et élève-les jusque dans l’éternité.
Per singulos dies benedicimus te ;Chaque jour, nous te bénissons,
et laudamus nomen tuum in saeculum, et in saeculum saeculi.et nous louons ton nom pour les siècles des siècles.
Dignare, Domine, die isto sine peccato nos custodire.Daigne, Seigneur, nous garder aujourd’hui sans péché.
Miserere nostri, Domine, miserere nostri.Aie pitié de nous, Seigneur, aie pitié de nous.
Fiat misericordia tua, Domine, super nos, quemadmodum speravimus in te.Que ta miséricorde, Seigneur, soit sur nous, selon l’espérance que nous avons mise en toi.
In te, Domine, speravi : non confundar in aeternum.En toi, Seigneur, j’ai espéré : je ne serai jamais confondu.

Le sens du Te Deum en trois parties

  1. Lignes 1 à 13 : louange au Père, chantée par le ciel et la terre, avec le « Sanctus » d’Isaïe (6, 3), puis confession de la Trinité par l’Église.
  2. Lignes 14 à 21 : confession du Christ, de l’Incarnation au jugement, suivie d’une prière pour ceux qu’il a rachetés.
  3. Lignes 22 à 29 : une suite de versets des psaumes (27, 9 ; 144, 2 ; 122, 3 ; 32, 22 ; 30, 2), ajoutée à l’hymne primitive.

L’analyse des mélodies anciennes confirme ces étapes de rédaction. Les versets finaux se retrouvent d’ailleurs dans des manuscrits grecs et latins du Gloria.

Prononcer le Te Deum latin

Le latin du Te Deum est long mais régulier. Les mots suivants, rares dans les autres prières, sont ceux où l’on bute le plus souvent.

  • cherubim : « ké-rou-bim », le « ch » se dit « k ».
  • Sabaoth : « sa-ba-ot », le « th » se dit « t ».
  • caeli, caelorum : « tché-li », « tché-lo-roum ».
  • Paraclitum : « pa-ra-kli-toum », accent sur « ra ».
  • suscepturus : « sou-chèp-tou-rouss », « sc » devant « e » se dit « ch ».
  • quaesumus : « kwé-zou-mouss ».
  • Dignare : « di-gna-ré », avec le « gn » d’agneau.
  • hereditati : « é-ré-di-ta-ti », le « h » étant muet.

Qui a écrit le Te Deum

Une légende de la fin du VIIIe siècle fait naître l’hymne la nuit du baptême de saint Augustin par saint Ambroise, à Milan. D’où son ancien nom d’hymne ambrosienne.

Les historiens attribuent plutôt sa dernière rédaction à Nicétas de Rémésiana, évêque mort vers 414. Le texte daterait donc de la fin du IVe ou du début du Ve siècle.

  • Vers 680 : en Irlande, l’hymne figure déjà dans l’antiphonaire de Bangor, sa plus ancienne copie latine connue.
  • Vers 820-830 : le psautier de Wolfcoz, à Saint-Gall, le copie, suivi du Te decet laus et du Gloria : les trois hymnes en prose du répertoire.

Les Te Deum célèbres, de Lully à Verdi

CompositeurŒuvreDate
Jean-Baptiste LullyLWV 55, créé à Fontainebleau1677
Marc-Antoine CharpentierTe Deum H. 146, en ré majeurvers 1690
Giovanni Paisiellochanté à Notre-Dame de Paris1802 et 1804
Hector Berliozopus 22, pour chœurs et orchestre1849
Anton Bruckneren ut majeur1881-1884
Giuseppe Verdidernier des Quattro pezzi sacri1895-1896

Le prélude du Te Deum de Charpentier, une marche en rondeau en ré majeur, sert d’indicatif à l’Eurovision. Son manuscrit autographe, daté vers 1691-1692, est conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Le Te Deum de Paisiello a été chanté le 18 avril 1802, après la signature du Concordat, puis au sacre de Napoléon le 2 décembre 1804. Deux autres suivent à Notre-Dame sous le Second Empire, le 1er janvier 1852 et le 15 août 1862.

Questions fréquentes

Que veut dire Te Deum ?

« Te Deum laudamus » signifie « Ô Dieu, nous te louons ». Par extension, le mot désigne toute cérémonie d’action de grâce où l’hymne est chantée.

Quand chante-t-on le Te Deum ?

Aux matines ou à l’office des lectures des dimanches et des fêtes, et lors d’actions de grâce publiques. Des paroisses le chantent aussi le 31 décembre, pour remercier de l’année écoulée.

Quel est le Te Deum de l’Eurovision ?

C’est celui de Marc-Antoine Charpentier, H. 146. Son prélude instrumental, une marche en rondeau, sert d’indicatif aux retransmissions de l’Union européenne de radio-télévision.

Le Te Deum donne-t-il une indulgence ?

Oui. L’Enchiridion des indulgences accorde une indulgence plénière à qui assiste dans une église à son chant solennel le 31 décembre ; le reste de l’année, elle est partielle.

Le Te Deum est-il de saint Ambroise ?

La tradition le lui attribue, d’où son nom d’hymne ambrosienne. Les historiens penchent pour Nicétas de Rémésiana, mort vers 414.

Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.

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