Les vêpres, prière du soir de l’Église : définition et déroulement
Par Grégoire Lestrade · Mis à jour le 15 octobre 2026

Les vêpres sont la prière du soir de l’Église, l’un des deux grands offices de la journée avec les laudes du matin. On les célèbre vers le coucher du soleil, autour de psaumes, d’une lecture, du Magnificat et d’une oraison, dans un ordre qui varie selon le livre suivi.
Vêpres, définition et sens du mot
Le mot vient du latin vespera, « le soir ». La règle de saint Benoît, vers 530, a fixé l’usage du terme latin ; le français « vespres » n’apparaît qu’en 1207 ou 1208.
Cet office marque la fin du jour et commémore la création. Pour un dimanche ou une fête, celui de la veille au soir ouvre déjà la célébration : on parle de premières vêpres, les secondes ayant lieu le jour même.
- l’action de grâce pour la journée écoulée ;
- le sacrifice du soir, que le psaume 140 compare à l’encens qui monte ;
- la lumière du Christ, à l’heure où l’on allumait les lampes ;
- le passage au jour suivant, puisque le jour liturgique commence au soir.
Vatican II place les vêpres et les laudes aux deux pôles de l’office quotidien, et en fait les heures principales (Sacrosanctum Concilium, n. 89).
Le déroulement des vêpres aujourd’hui
Depuis la réforme de Paul VI, les vêpres suivent un ordre stable, quel que soit le jour.
- Introduction : « Dieu, viens à mon aide », puis le Gloire au Père.
- Hymne, propre au temps ou à la fête.
- Deux psaumes et un cantique du Nouveau Testament, chacun avec son antienne.
- Lecture brève et répons.
- Magnificat, le cantique de Marie (Luc 1, 46-55), avec son antienne.
- Intercessions, puis Notre Père.
- Oraison, bénédiction ou envoi.
Le psautier se répartit sur quatre semaines : les mêmes psaumes reviennent donc aux vêpres toutes les quatre semaines, sauf aux fêtes qui ont leurs psaumes propres.
Antiennes et psaumes
Chaque psaume est encadré par une antienne, courte phrase chantée avant et après lui, et se conclut par le Gloria Patri. Dans le bréviaire de 1962, au temps pascal, une seule antienne encadre l’ensemble des psaumes.
Les vêpres selon le bréviaire de 1962
Le bréviaire de 1962, suivi par les communautés attachées à la forme traditionnelle, garde un office plus long et un psautier réparti sur une semaine.
| Élément | Bréviaire de 1962 | Liturgie des heures |
|---|---|---|
| Psaumes | cinq, chacun avec son antienne | deux psaumes et un cantique |
| Lecture | capitule, un verset biblique | lecture brève et répons |
| Hymne | après le capitule | au début de l’office |
| Cantique | Magnificat | Magnificat |
| Prières | oraison, mémoires éventuelles | intercessions, Notre Père, oraison |
| Langue | latin | latin ou langue du pays |
Le dimanche, les vêpres de 1962 chantent les psaumes 109 à 113 de la Vulgate, du « Dixit Dominus » à « In exitu Israel ». Aux dimanches après l’Épiphanie et après la Pentecôte, l’hymne est « Lucis Creator optime ».
Jusqu’en 1964, l’office devait se dire en latin. Rome a permis cette année-là la langue du pays, avec une traduction approuvée par l’autorité légitime ; les abbayes attachées au grégorien ont souvent gardé le latin.
Textes latins des vêpres
Les vêpres s’ouvrent par un verset du psaume 69 et culminent avec le Magnificat, que tous chantent debout.
| V. Deus, in adiutorium meum intende. | V. Dieu, venez à mon aide. |
| R. Domine, ad adiuvandum me festina. | R. Seigneur, hâtez-vous de me secourir. |
| Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. | Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. |
| Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen. | Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. |
| Magnificat anima mea Dominum, | Mon âme exalte le Seigneur, |
| et exsultavit spiritus meus in Deo salvatore meo, | et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur, |
| quia respexit humilitatem ancillae suae. | parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante. |
| Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. | Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse. |
Le Magnificat se conclut, comme chaque psaume, par le Gloria Patri ; aux vêpres solennelles, l’autel est encensé pendant ce cantique, puis les ministres et le peuple. Traduction de l’auteur.
Chanter les vêpres en paroisse
Des paroisses chantent les vêpres le dimanche en fin d’après-midi, parfois suivies du salut du Saint-Sacrement.
- un chantre ou une schola entonne les antiennes ;
- l’assemblée alterne les versets des psaumes, côté droit et côté gauche de la nef ;
- le célébrant porte la chape aux offices solennels, selon les rubriques de 1960 ;
- le Magnificat se chante debout, sur un ton plus orné que les psaumes.
Les tons psalmodiques, formules mélodiques simples, permettent de chanter un psaume sans l’avoir appris. Ils viennent du chant grégorien, qui en compte un pour chacun des huit modes.
Où trouver les vêpres du jour
- Le site et l’application de l’AELF publient chaque jour les vêpres complètes de la liturgie des heures, en français.
- Le livre « Prière du temps présent » réunit en un volume les heures du jour, sans l’office des lectures ; il suffit pour prier chaque soir.
- Pour la forme traditionnelle, l’office du jour se lit dans un bréviaire de 1962, avec l’ordo publié chaque année par les communautés.
- Les monastères chantent l’office chaque soir, et la plupart accueillent les fidèles à leurs vêpres.
Le livre de l’office est présenté sur la page bréviaire. Pour un premier essai, l’office du dimanche suffit, avec un livre bilingue ou l’application de l’AELF.
Histoire des vêpres, du lucernaire à Vatican II
La prière du soir hérite du lucernaire, célébré à l’heure où l’on allume les lampes. Saint Jean Chrysostome, mort en 407, commente le psaume 140 qu’on y chantait, dont le verset « Dirigatur oratio mea sicut incensum » est resté attaché au soir.
- IVe-VIe siècle : des hymnes de Prudence servent au lucernaire.
- Vers 530 : la règle de saint Benoît organise les heures ; laudes et vêpres encadrent la journée.
- VIIIe siècle : Alcuin, maître des enfants de Charlemagne, compose l’hymne « Luminis fons », toujours chantée aux lundis des semaines II et IV.
- 1568 : le bréviaire romain de Pie V unifie l’office de l’Église latine.
- 1630 : Bartolomeo Gavanti admet, dans son commentaire des rubriques, les psaumes et hymnes en faux-bourdon, signe de la solennité de cet office.
- 1911 : Pie X redistribue les psaumes par la constitution Divino afflatu.
- 1963 : le concile demande que les vêpres du dimanche soient célébrées en commun dans les églises (Sacrosanctum Concilium, n. 100).
- 1970 : la liturgie des heures de Paul VI ramène les vêpres à deux psaumes et un cantique.
Les vêpres en musique
Claudio Monteverdi publie en 1610 ses Vêpres de la Vierge, l’une des œuvres majeures de la musique sacrée.
Mozart, Vivaldi et Bruckner ont aussi mis en musique des psaumes de l’office du soir. Les « Vêpres » de Rachmaninov sont en réalité une vigile nocturne orthodoxe, que ce titre désigne mal.
Questions fréquentes
- À quelle heure sont les vêpres ?
En fin d’après-midi ou en début de soirée, vers le coucher du soleil. Dans les monastères, l’office se chante en général entre 18 h et 19 h, un peu plus tôt en hiver.
- Quelle différence entre vêpres et complies ?
La prière du soir se dit à la tombée du jour, autour du Magnificat. Les complies, plus courtes, se disent juste avant le coucher et terminent la journée.
- Que sont les premières vêpres ?
Le jour liturgique d’un dimanche ou d’une solennité commence la veille au soir. Les premières se disent donc la veille, les secondes le jour même.
- Un laïc peut-il prier les vêpres ?
Oui. Vatican II recommande aux laïcs de réciter l’office divin, avec les prêtres, entre eux ou seuls (Sacrosanctum Concilium, n. 100).
- Que chante-t-on toujours aux vêpres ?
Le Magnificat, cantique de Marie tiré de l’Évangile de Luc. Il revient chaque soir, dans les deux formes de l’office.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.