2011, la question des deux missels relancée depuis Thiberville
Par Grégoire Lestrade · Événement de mars 2011 · relu le 15 octobre 2026

Le 10 mars 2011, un blog normand de soutien à l’abbé Francis Michel, ancien curé de Thiberville, renvoyait vers un texte opposant la messe de saint Pie V et celle de Paul VI. L’occasion de rappeler ce que recouvrent ces deux expressions.
Un titre relayé par les soutiens de Thiberville
Le blog de soutien à l’abbé Michel publiait encore en mars 2011, plus d’un an après le départ du prêtre de sa paroisse de l’Eure. Le 10 mars, il proposait un lien titré « Messe de saint Pie V ou messe de Paul VI ? ». Le contenu de la page visée n’a pas pu être retrouvé, mais la question résumait un débat très vif à l’époque.
Les deux expressions appartiennent au langage courant plus qu’au droit de l’Église. Elles désignent deux éditions du Missel romain, séparées par le concile Vatican II. Les fidèles de Thiberville, attachés à un curé qui célébrait selon les deux, connaissaient bien ce vocabulaire et les passions qu’il soulevait.
Le missel de 1570 et la réforme de 1969
La messe dite de saint Pie V renvoie au missel promulgué par ce pape en 1570, par la bulle Quo primum, pour appliquer les décisions du concile de Trente. Le missel de 1962, que vise Summorum Pontificum, se rattache à cette lignée. Sous Pie XII, la restauration de la vigile pascale et de la Semaine sainte a ouvert une première étape de réforme.
La messe dite de Paul VI découle de la constitution apostolique Missale Romanum, signée le Jeudi saint 3 avril 1969. Ce texte appliquait la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium sur la liturgie. Le nouveau missel est entré en vigueur le 30 novembre 1969, premier dimanche de l’Avent de cette année-là.
Deux formes d’un même rite selon Benoît XVI
Le motu proprio Summorum Pontificum, du 7 juillet 2007, a changé les termes du débat. Il faisait du missel de Paul VI la forme ordinaire du rite romain, et de l’édition de 1962 sa forme extraordinaire. Benoît XVI affirmait qu’il s’agissait de deux usages d’un seul rite, et que le missel ancien n’avait jamais été abrogé.
L’instruction Universae Ecclesiae, publiée le 13 mai 2011, a précisé ce cadre peu après le billet de Thiberville. Elle demandait aux fidèles attachés à la forme ancienne de ne pas contester la validité ni la légitimité de la forme ordinaire. La question posée en mars 2011 trouvait ainsi une réponse officielle : les deux, pas l’une contre l’autre.
Depuis 2021, une autre règle
Le 16 juillet 2021, le pape François a abrogé Summorum Pontificum par le motu proprio Traditionis custodes. Il s’appuie sur une consultation des évêques menée en 2020. L’évêque diocésain décide seul de l’usage du missel de 1962 dans son diocèse, et aucun nouveau groupe ne peut être créé.
Le 25 octobre 2025, avec l’accord de Léon XIV, le cardinal Raymond Burke a célébré une messe pontificale selon l’ancien rite à l’autel de la Chaire de Saint-Pierre. À l’été 2026, selon la presse catholique, Traditionis custodes restait pourtant en vigueur sans révision. Le débat ouvert sous Benoît XVI reste donc vivant chez les fidèles.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.