Summorum Pontificum : le motu proprio de 2007 sur la liturgie romaine ancienne
Par Grégoire Lestrade · Mis à jour le 15 octobre 2026

Summorum Pontificum est le motu proprio du 7 juillet 2007 par lequel Benoît XVI permet à tout prêtre de rite latin de célébrer selon le missel de 1962, dit forme extraordinaire. Traditionis custodes en a abrogé les normes le 16 juillet 2021.
Summorum Pontificum en bref
Le titre reprend les premiers mots latins du texte, qui évoquent le soin constant des souverains pontifes pour un culte digne de Dieu. Summorum Pontificum se présente comme une lettre apostolique en forme de motu proprio, sur l’usage de la liturgie romaine d’avant 1970.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Date | 7 juillet 2007 |
| Lieu | Rome, près de Saint-Pierre, troisième année du pontificat |
| Entrée en vigueur | 14 septembre 2007, fête de la Croix glorieuse |
| Consultation préalable | Consistoire des cardinaux du 23 mars 2006 |
| Forme | Douze articles, précédés d’un exposé historique |
| Texte joint | Lettre de Benoît XVI aux évêques, du même jour |
| Instruction d’application | Universae Ecclesiae, 30 avril 2011 |
| Fin | Normes abrogées par Traditionis custodes, 16 juillet 2021 |
Le motu proprio Summorum Pontificum ne crée pas un nouveau rite. Il règle l’usage d’un missel existant, l’édition de 1962, en le déclarant jamais abrogé et en le rendant accessible sans autorisation spéciale dans la plupart des cas.
Il s’adresse à toute l’Église latine : prêtres, communautés religieuses, curés et évêques. Le contrôle de son application revient à la commission Ecclesia Dei, qui reçoit pour cela l’autorité du Saint-Siège.
Avant Summorum Pontificum : l’ancien missel de 1970 à 2007
Après la publication du nouveau missel par Paul VI, aucune norme ne règle l’usage de l’ancien. Benoît XVI l’explique dans sa lettre jointe à Summorum Pontificum : on pensait alors que les demandes resteraient rares et se régleraient au cas par cas.
- 1970 : Paul VI approuve les livres liturgiques réformés, traduits ensuite dans de nombreuses langues.
- 3 octobre 1984 : l’indult Quattuor abhinc annos permet, sous conditions, l’usage du missel de 1962.
- 2 juillet 1988 : après les sacres d’Écône, le motu proprio Ecclesia Dei invite les évêques à accueillir généreusement ces demandes.
- 23 mars 2006 : Benoît XVI consulte les cardinaux réunis en consistoire.
Benoît XVI ajoute un témoignage personnel. Il dit avoir vu, à l’époque, combien des libertés prises avec la liturgie ont blessé des fidèles enracinés dans la foi : c’est l’une des raisons qu’il donne à Summorum Pontificum.
Ce régime d’indult dépendait de la bonne volonté de chaque évêque. Summorum Pontificum répond, selon son auteur, à un besoin de règles plus claires, imprévisible en 1988 : des jeunes découvraient à leur tour cette forme de liturgie.
Que dit Summorum Pontificum ? Les douze articles
Le dispositif de Summorum Pontificum tient en douze articles. Le tableau en résume le contenu, article par article, sans en reprendre la lettre. Les articles consacrés aux recours et à la commission Ecclesia Dei y sont regroupés.
| Article | Ce qu’il prévoit |
|---|---|
| 1 | Le missel de Paul VI exprime ordinairement la lex orandi, celui de 1962 de façon extraordinaire ; un seul rite romain, deux usages. |
| 2 | Pour la messe sans peuple, tout prêtre de rite latin choisit librement l’un ou l’autre missel, sauf pendant le Triduum pascal. |
| 3 | Les communautés religieuses peuvent l’adopter pour leur messe conventuelle, selon leurs supérieurs majeurs. |
| 4 | Des fidèles qui le demandent peuvent assister à ces messes. |
| 5 | Le curé accueille la demande d’un groupe stable de fidèles, en semaine comme le dimanche, et pour les mariages, obsèques ou pèlerinages. |
| 6 | Lecture possible de l’épître et de l’évangile en langue du pays. |
| 7 et 8 | En cas de refus, les fidèles s’adressent à l’évêque, puis à la commission Ecclesia Dei. |
| 9 | Le curé peut user de l’ancien rituel pour le baptême, le mariage, la pénitence et l’onction des malades ; l’évêque, du pontifical pour la confirmation ; les clercs, du bréviaire de 1962. |
| 10 | L’évêque peut ériger une paroisse personnelle pour la forme ancienne. |
| 11 et 12 | La commission Ecclesia Dei veille à l’application du texte. |
Les deux articles qui ont tout changé
L’article 1 de Summorum Pontificum tient le missel de 1962 pour jamais abrogé. L’article 2 supprime toute autorisation préalable pour la messe sans peuple : la décision passe de l’évêque au prêtre lui-même.
L’article 5 de Summorum Pontificum confie la demande des fidèles au curé, et non plus à l’évêque. Le texte lui demande d’harmoniser ce service avec la pastorale ordinaire de la paroisse, sans créer de discorde et au service de l’unité.
La lettre de Benoît XVI aux évêques
Le même jour, Benoît XVI accompagne Summorum Pontificum d’une lettre aux évêques. Il y répond à deux craintes exprimées pendant la préparation du texte, qu’il juge l’une et l’autre infondées.
- Première crainte : que Summorum Pontificum affaiblisse l’autorité du concile Vatican II et de sa réforme liturgique. Le pape répond que le missel de Paul VI demeure la forme normale de la liturgie.
- Seconde crainte : diviser les paroisses. Il répond que l’ancien missel suppose une formation liturgique et un accès au latin peu répandus.
- Raison positive : parvenir à une réconciliation interne dans l’Église, pour que tous ceux qui désirent l’unité puissent y demeurer ou la retrouver.
Benoît XVI ajoute que les deux formes peuvent s’enrichir : de nouveaux saints et préfaces entreront dans le missel de 1962, et la messe de Paul VI gagnera à être célébrée avec plus de sacralité. Les prêtres attachés à l’ancien usage ne peuvent pas, par principe, refuser le nouveau.
Il demande enfin aux évêques un compte rendu trois ans après la mise en application de Summorum Pontificum. C’est cette demande que François invoquera en 2021 pour justifier l’enquête menée en 2020.
Universae Ecclesiae : l’instruction de 2011 sur Summorum Pontificum
Le 30 avril 2011, la commission Ecclesia Dei publie l’instruction Universae Ecclesiae, approuvée par Benoît XVI le 8 avril et signée du cardinal William Levada et de Mgr Guido Pozzo. Elle précise l’application de Summorum Pontificum, qu’elle présente comme une loi universelle pour l’Église.
- Un groupe stable, au sens de Summorum Pontificum, peut réunir des fidèles venus de paroisses, voire de diocèses, différents.
- Un prêtre est idoine dès lors que le droit ne l’empêche pas et qu’il connaît assez le latin pour prononcer et comprendre les textes.
- Les séminaires doivent enseigner le latin et, si la pastorale le demande, la forme extraordinaire.
- Les fidèles qui demandent cette forme ne doivent pas soutenir des groupes qui contestent la validité de la messe de Paul VI ou l’autorité du pape.
- Aux messes lues, les lectures peuvent être faites en latin seul, en latin puis en langue du pays, ou en langue du pays seule.
L’instruction confie aussi à la commission Ecclesia Dei le pouvoir de trancher les recours contre les décisions des évêques jugées contraires à Summorum Pontificum, sous le contrôle de la Signature apostolique.
Les mots clés de Summorum Pontificum
Le texte a fait entrer dans l’usage courant un petit vocabulaire latin, qui reste utile pour lire les documents romains sur la liturgie ancienne.
- Lex orandi, lex credendi : la règle de la prière correspond à la règle de la foi, principe rappelé dès le préambule de Summorum Pontificum.
- Forme ordinaire et forme extraordinaire : le missel de Paul VI et celui de 1962, deux usages d’un rite unique.
- Coetus fidelium stabiliter exsistens : le groupe stable de fidèles qui peut demander la messe ancienne à son curé.
- Sacerdos idoneus : le prêtre apte, que l’instruction de 2011 définit par une connaissance de base du latin.
- Usus antiquior : l’usage le plus ancien, autre nom de la forme extraordinaire dans l’instruction Universae Ecclesiae.
Summorum Pontificum vu de France
Le texte confie d’abord la décision aux curés, l’évêque n’intervenant qu’en cas de refus. Pour les dix ans de Summorum Pontificum, le 7 juillet 2017, le site de la Conférence des évêques de France publie une tribune du père Emmanuel Coquet, qui en tire un bilan.
- Les fidèles des deux formes partagent une même foi.
- Le rite romain reste unique, même célébré selon deux missels.
- Le texte retient le bien des personnes comme critère d’application.
- Une communion qui accepte des sensibilités diverses demande un travail constant de fidélité.
Quatre ans plus tard, Paris change de régime. Selon FSSPX.Actualités, la messe ancienne y était célébrée dans une quinzaine de lieux sous Summorum Pontificum ; la lettre de Mgr Aupetit du 8 septembre 2021 la limite à cinq églises.
L’application de Summorum Pontificum entre 2007 et 2021
Pendant quatorze ans, Summorum Pontificum sert de cadre à l’essor des communautés attachées à l’ancien missel. Plusieurs textes en modifient l’environnement sans toucher à ses articles.
- 2 juillet 2009 : Ecclesiae unitatem rattache la commission Ecclesia Dei à la Congrégation pour la doctrine de la foi.
- 17 janvier 2019 : François supprime la commission et transfère ses compétences à une section de cette congrégation.
- 22 février 2020 : les décrets Quo magis et Cum sanctissima ajoutent sept préfaces et ouvrent le missel de 1962 aux saints récents.
- 2020 : la Congrégation pour la doctrine de la foi interroge les évêques du monde entier sur l’application de Summorum Pontificum.
Les avis divergent sur le bilan de Summorum Pontificum. Benoît XVI voyait dans le texte un instrument de réconciliation ; François écrit en 2021 que la possibilité offerte a souvent servi à creuser les écarts et à rejeter le concile.
La lettre de Summorum Pontificum n’a pas changé pendant ces quatorze ans. Ce sont les institutions chargées de la faire appliquer qui ont été réorganisées, jusqu’à la consultation de 2020 qui en prépare la fin.
2021 : Traditionis custodes met fin à Summorum Pontificum
Le 16 juillet 2021, le motu proprio Traditionis custodes abroge les normes antérieures qui ne lui sont pas conformes. Dans sa lettre, François dit prendre la décision ferme d’abroger tout ce qui précède : Summorum Pontificum cesse de fait de s’appliquer.
| Point | Summorum Pontificum (2007) | Traditionis custodes (2021) |
|---|---|---|
| Statut du missel de 1962 | Forme extraordinaire de l’unique lex orandi | Seuls les livres réformés expriment la lex orandi |
| Messe sans peuple | Libre pour tout prêtre de rite latin | Autorisation de l’évêque |
| Demande des fidèles | Adressée au curé, qui l’accueille | Groupes existants seulement, sans nouveaux groupes |
| Églises paroissiales | Possibles | Exclues en principe |
| Nouveaux prêtres | Aucune condition particulière | Autorisation de l’évêque après accord de Rome |
Le passage de l’un à l’autre texte inverse donc la charge : sous Summorum Pontificum, le refus devait se justifier ; depuis 2021, c’est l’autorisation qui l’exige.
Ce qu’il reste de Summorum Pontificum en 2026
Le missel de 1962 reste célébré, dans le cadre plus étroit fixé en 2021. Les termes forgés par Summorum Pontificum, forme ordinaire et forme extraordinaire, ont quitté les textes romains : le message de Léon XIV aux évêques de France, le 18 mars 2026, parle de Vetus Ordo.
- La Fraternité Saint-Pierre conserve l’usage des livres de 1962 dans ses églises, par un décret de François du 11 février 2022.
- Les décrets de 2020 sur les préfaces et les saints, pris sous le régime de Summorum Pontificum, restent cités par Traditionis custodes.
- Le vocabulaire de la messe tridentine a survécu : usus antiquior, ancien rite, missel de saint Pie V.
Summorum Pontificum n’a pas réglé la situation de la Fraternité Saint-Pie X. Benoît XVI notait en 2007 que la réconciliation recherchée n’avait pas abouti, et il écrira en 2009 que les problèmes à traiter sont de nature doctrinale.
Questions fréquentes
- Summorum Pontificum est-il toujours en vigueur ?
Non. Traditionis custodes a abrogé le 16 juillet 2021 les normes antérieures qui ne lui étaient pas conformes. L’usage du missel de 1962 dépend depuis de l’autorisation de l’évêque.
- Que signifie Summorum Pontificum ?
Les mots latins signifient « des souverains pontifes ». Ce sont les premiers mots du texte, qui rappelle le soin des papes pour la liturgie.
- Qu’appelait-on la forme extraordinaire ?
C’est le nom donné en 2007 à la messe selon le missel de 1962, face à la forme ordinaire du missel de Paul VI. Benoît XVI y voyait deux usages d’un unique rite romain.
- Qu’est-ce qu’un groupe stable de fidèles ?
C’est un ensemble de fidèles qui demande durablement la messe selon le missel de 1962. Universae Ecclesiae précisait en 2011 qu’ils pouvaient venir de paroisses ou de diocèses différents.
- Pourquoi Benoît XVI a-t-il publié ce texte ?
Il voulait une réconciliation interne dans l’Église et des règles claires pour un usage qui s’étendait, notamment chez les jeunes. Il jugeait que l’ancien missel n’avait jamais été abrogé.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.