Mantille : définition, sens religieux et usages actuels
Par Grégoire Lestrade · Mis à jour le 15 octobre 2026

La mantille est un voile en dentelle de soie, en tulle ou en lin très fin, que des catholiques posent sur leurs cheveux à la messe. Le Code de droit canonique de 1917 imposait aux femmes d’avoir la tête couverte à l’église ; celui de 1983 n’en dit plus rien.
Définition de la mantille
Le mot mantille vient de l’espagnol mantilla, diminutif de manta, « couverture » : une petite couverture, au sens propre. Le vêtement appartient au costume traditionnel espagnol, où il se diffuse aux XVIe et XVIIe siècles avant de gagner la haute société au XVIIIe.
Au XIXe siècle, la reine Isabelle II d’Espagne en fait un accessoire de cour. Hors d’Espagne, la mantille désigne surtout le voile de dentelle porté par des femmes catholiques à l’église.
- Mantille : pièce en dentelle de soie, en tulle ou en lin fin, posée sur la tête, parfois tombant sur les épaules.
- Foulard : tissu plein, sans dentelle, qui remplit la même fonction de couvre-chef.
- Voile : terme plus large, qui couvre aussi le voile de mariée et celui des religieuses.
Saint Paul et le voile : la première épître aux Corinthiens
L’usage chrétien du voile, dont la mantille n’est qu’une forme, s’appuie sur le chapitre 11 de la première épître aux Corinthiens. Paul y distingue l’homme, qui prie tête nue, et la femme, qui prie tête couverte.
| Omnis autem mulier orans aut prophetans non velato capite deturpat caput suum. | Toute femme qui prie ou prophétise sans voile sur la tête déshonore sa tête. |
| Ideo debet mulier potestatem habere supra caput propter angelos. | Voilà pourquoi la femme doit avoir sur sa tête un signe d’autorité, à cause des anges. |
Au verset 16, l’apôtre ajoute que les Églises de Dieu ne connaissent pas d’autre coutume. Les lectures divergent : simple usage de la culture de Corinthe pour les uns, signe durable de l’ordre de la création pour les autres. Tertullien au IIe siècle et Jean Chrysostome au IVe commentent déjà ce voile.
La mantille dans le droit canonique de 1917 et de 1983
Le canon 1262 du Code de 1917 demandait aux hommes d’assister aux rites sacrés tête nue, et aux femmes d’avoir la tête couverte et une tenue modeste, surtout pour s’approcher de la sainte table. La règle visait tout couvre-chef, pas la seule mantille.
| Texte | Ce qu’il dit du voile |
|---|---|
| 1 Corinthiens 11 | La femme prie la tête couverte (versets 5, 6 et 10) |
| Code de 1917, canon 1262 | Tête couverte à l’église, surtout pour communier |
| Code de 1983 | Aucune disposition ; son canon 6 abroge le Code de 1917 |
Le Code de 1983 abroge celui de 1917 par son canon 6 et ne reprend pas l’obligation : ni mantille ni autre voile n’y figure. Le canoniste Edward Peters en conclut que la règle a cessé de s’appliquer en novembre 1983 ; des auteurs traditionalistes tiennent la coutume pour toujours recommandée.
Mantille noire ou blanche
Aucune règle liturgique ne fixe la couleur d’une mantille. Une coutume sociale, que la presse de la Fraternité Saint-Pie X décrit en Italie, réservait le blanc aux jeunes filles et le noir aux femmes mariées ou veuves.
Le protocole du Vatican connaît un cas à part, le « privilège du blanc ». Les femmes reçues en audience officielle portent en principe du noir avec une mantille noire, sauf quelques souveraines catholiques autorisées au blanc.
- Familles concernées selon Catholic News Agency : Espagne, Belgique, Luxembourg, Monaco et maison de Savoie.
- En octobre 2025, la reine Mathilde de Belgique a rencontré Léon XIV vêtue de blanc.
- Le même mois, la reine Camilla, qui n’a pas ce privilège, était en noir.
- Le Saint-Siège n’impose plus de tenue : il suggère un protocole pour les visites officielles.
Qui porte la mantille aujourd’hui
En France, le voile à l’église recule à partir des années 1960, tandis qu’il se maintient en Espagne et lors des audiences pontificales. La mantille reste visible aux messes célébrées selon le missel de 1962, comme la messe tridentine.
Le cardinal Raymond Burke, alors préfet de la Signature apostolique, y voyait une attente plutôt qu’une obligation, selon une note de la Fédération internationale Una Voce. Edward Peters rappelle que la permission de célébrer l’ancien rite n’a pas rétabli le canon 1262.
- À la messe : libre choix de chaque fidèle, sans obligation.
- Adoration : des fidèles la portent aussi en présence du Saint-Sacrement.
- Audience pontificale : une coiffe noire reste suggérée aux femmes des délégations officielles.
Le choix d’une mantille relève donc de la dévotion personnelle. Selon Edward Peters, un prêtre peut l’encourager mais ne peut pas l’exiger d’une fidèle. Le clergé, lui, suit ses propres règles d’habit, détaillées dans la page sur la soutane.
Questions fréquentes
- Pourquoi les femmes portent-elles une mantille à la messe ?
Par référence à saint Paul, qui demande en 1 Corinthiens 11 que la femme prie la tête couverte. Le Code de 1917 en faisait une obligation ; c’est aujourd’hui un choix de dévotion.
- La mantille est-elle obligatoire dans l’Église catholique ?
Non. Le Code de droit canonique de 1983 a abrogé celui de 1917 et ne reprend pas l’obligation de se couvrir la tête. Une fidèle est libre de la porter ou non.
- Quelle est la différence entre mantille noire et blanche ?
Aucune règle ne fixe la couleur. Une coutume réservait le blanc aux jeunes filles et le noir aux femmes mariées ou veuves, et le protocole du Vatican connaît un privilège du blanc.
- D’où vient le mot mantille ?
De l’espagnol mantilla, diminutif de manta, qui signifie couverture. Le vêtement fait partie du costume traditionnel espagnol.
- Qu’est-ce que le privilège du blanc ?
Une exception au protocole du Vatican, qui permet à quelques souveraines catholiques de porter du blanc devant le pape. Les familles royales d’Espagne, de Belgique, du Luxembourg, de Monaco et la maison de Savoie sont concernées.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.