Été 2011, la paroisse personnelle comme outil du motu proprio
Par Grégoire Lestrade · Événement de juin 2011 · relu le 15 octobre 2026

À l’été 2011, les fidèles de la forme extraordinaire débattaient d’un outil prévu par le motu proprio de 2007 : la paroisse personnelle. Le droit l’autorisait depuis quatre ans, peu d’évêques s’en servaient, et la règle a changé en 2021 avec un texte du pape François.
Ce que prévoyait l’article 10 de Summorum Pontificum
Le motu proprio Summorum Pontificum, signé par Benoît XVI le 7 juillet 2007 et appliqué à partir du 14 septembre suivant, ouvrait deux voies. L’article 5 demandait au curé d’accueillir la demande d’un groupe stable de fidèles. L’article 10 permettait à l’évêque, s’il le jugeait utile, d’ériger une paroisse personnelle selon le canon 518.
Une paroisse personnelle ne se définit pas par un territoire mais par un critère propre à ses fidèles, comme une langue ou un rite. Elle a un curé, des registres et une vie sacramentelle complète. Pour la liturgie ancienne, la formule offrait une stabilité que l’horaire concédé dans une église territoriale ne garantissait pas.
Les premiers exemples, de Bordeaux à Rome
À Bordeaux, le cardinal Jean-Pierre Ricard a érigé le 1er février 2007 la paroisse personnelle Saint-Éloi, confiée à l’Institut du Bon-Pasteur, fondé à Rome quelques mois plus tôt. L’abbé Philippe Laguérie en est devenu le curé. Cette décision, antérieure au motu proprio, réglait une situation tendue depuis 2002 dans cette église.
À Rome, une paroisse personnelle a été érigée à Pâques 2008 à la Santissima Trinità dei Pellegrini, sur proposition du cardinal vicaire Camillo Ruini, et confiée à la Fraternité Saint-Pierre. Le décret citait l’article 10 du motu proprio. Le père Joseph Kramer y a été installé comme premier curé le 8 juin 2008.
Le débat de 2011 entre outil utile et strapontin
En 2011, le débat portait sur les effets de ces paroisses. Pour leurs partisans, elles offraient une vie de paroisse entière, avec catéchisme, adoration, processions et messe chaque jour. Pour leurs critiques, elles risquaient d’isoler la liturgie ancienne dans un régime à part, alors que le motu proprio visait son retour dans la paroisse.
Le mot de strapontin est alors revenu dans les échanges, pour dire une place tolérée que l’on peut replier à tout moment. L’exemple de Thiberville, dans l’Eure, où l’évêque avait voulu remplacer en 2010 un curé attaché au missel de 1962, nourrissait la crainte d’une liturgie suspendue à une seule décision.
Ce que Traditionis custodes a changé en 2021
Le 29 juin 2021, l’évêque de Montauban, Mgr Bernard Ginoux, érigeait à Gasseras, dans la banlieue de la ville, une paroisse personnelle confiée à l’Institut du Christ-Roi. C’était la cinquième de ce type en France. Dix-sept jours plus tard, le 16 juillet 2021, le pape François publiait le motu proprio Traditionis custodes.
Le texte de 2021 interdit à l’évêque d’ériger de nouvelles paroisses personnelles pour ces fidèles. Il lui demande de vérifier l’utilité de celles qui existent et de choisir pour ces messes des lieux qui ne soient pas des églises paroissiales. La solution débattue en 2011 se trouve gelée, sans être abolie là où elle existait déjà.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.