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Dies irae, la séquence du Jugement dernier en latin et en français

Par Grégoire Lestrade · Mis à jour le 15 octobre 2026

Missel latin à tranche dorée ouvert avec ses signets de soie et un chapelet noir

Le Dies irae, « jour de colère », est une séquence latine du XIIIe siècle sur le Jugement dernier, chantée à la messe des défunts jusqu’à la réforme de 1969. Texte intégral, traduction, histoire et musique, jusqu’au Requiem de Mozart, figurent ci-dessous.

Le Dies irae en latin, avec sa traduction

Latin du missel de 1962, traduction de l’auteur, une ligne par strophe.

Sequentia pro defunctis
Dies irae, dies illa, solvet saeclum in favilla : teste David cum Sibylla.Jour de colère que ce jour-là : il réduira le monde en cendres, comme l’attestent David et la Sibylle.
Quantus tremor est futurus, quando iudex est venturus, cuncta stricte discussurus !Quelle terreur viendra, quand le juge paraîtra pour tout examiner avec rigueur !
Tuba, mirum spargens sonum per sepulchra regionum, coget omnes ante thronum.La trompette, lançant son appel étonnant sur les tombeaux de toutes les terres, rassemblera tous les hommes devant le trône.
Mors stupebit et natura, cum resurget creatura, iudicanti responsura.La mort et la nature seront saisies de stupeur quand la créature ressuscitera pour répondre au juge.
Liber scriptus proferetur, in quo totum continetur, unde mundus iudicetur.On apportera le livre écrit, qui contient tout, et d’après lequel le monde sera jugé.
Iudex ergo cum sedebit, quidquid latet apparebit : nil inultum remanebit.Quand le juge siégera, tout ce qui est caché apparaîtra : rien ne restera impuni.
Quid sum miser tunc dicturus ? Quem patronum rogaturus, cum vix iustus sit securus ?Que dirai-je alors, malheureux ? Quel protecteur invoquerai-je, quand le juste lui-même est à peine en sûreté ?
Rex tremendae maiestatis, qui salvandos salvas gratis, salva me, fons pietatis.Roi de majesté redoutable, qui sauvez gratuitement ceux qui doivent l’être, sauvez-moi, source de bonté.
Recordare, Iesu pie, quod sum causa tuae viae : ne me perdas illa die.Souvenez-vous, doux Jésus, que je suis la cause de votre venue : ne me perdez pas en ce jour.
Quaerens me, sedisti lassus : redemisti crucem passus : tantus labor non sit cassus.En me cherchant, vous vous êtes assis, épuisé ; vous m’avez racheté en souffrant la croix : que tant de peine ne soit pas vaine.
Iuste iudex ultionis, donum fac remissionis ante diem rationis.Juste juge qui punissez, accordez-moi le pardon avant le jour des comptes.
Ingemisco, tamquam reus : culpa rubet vultus meus : supplicanti parce, Deus.Je gémis comme un coupable, la faute fait rougir mon visage : épargnez, ô Dieu, celui qui vous supplie.
Qui Mariam absolvisti, et latronem exaudisti, mihi quoque spem dedisti.Vous qui avez absous Marie-Madeleine et exaucé le larron, à moi aussi vous avez donné l’espérance.
Preces meae non sunt dignae : sed tu bonus fac benigne, ne perenni cremer igne.Mes prières ne sont pas dignes, mais vous, dans votre bonté, faites que je ne brûle pas au feu éternel.
Inter oves locum praesta, et ab haedis me sequestra, statuens in parte dextra.Donnez-moi une place parmi les brebis, séparez-moi des boucs en me plaçant à votre droite.
Confutatis maledictis, flammis acribus addictis, voca me cum benedictis.Quand les maudits, confondus, seront livrés aux flammes ardentes, appelez-moi avec les bénis.
Oro supplex et acclinis, cor contritum quasi cinis : gere curam mei finis.Je vous prie, suppliant et prosterné, le cœur broyé comme la cendre : prenez soin de ma fin.
Lacrimosa dies illa, qua resurget ex favilla iudicandus homo reus : huic ergo parce, Deus.Jour de larmes que ce jour-là, où l’homme coupable ressuscitera de la cendre pour être jugé : épargnez-le donc, ô Dieu.
Pie Iesu Domine, dona eis requiem. Amen.Doux Seigneur Jésus, donnez-leur le repos. Amen.

Ce que raconte le Dies irae

  • Strophes 1 à 6 : l’annonce du Jugement, la trompette, le livre où tout est écrit.
  • Strophes 7 à 17 : le pécheur supplie le Christ, au nom de la Passion, de Marie-Madeleine et du bon larron.
  • Strophes 18 et 19 : le Lacrimosa et le Pie Iesu prient pour les défunts et quittent les tercets rimés, signe d’un ajout liturgique.

Le Dies irae ne décrit aucun supplice : il fait parler un juste qui doute de l’être et implore la miséricorde.

Origine du poème

Le premier vers du Dies irae vient du prophète Sophonie (1, 15). La Sibylle renvoie aux oracles que Lactance, au IVe siècle, lisait comme des prophéties chrétiennes.

DateÉtape
début du XIe sièclePremiers éléments, dans le répons « Libera me »
fin du XIIe siècleManuscrit de Caramanico, version plus courte qui s’arrête à « Oro supplex »
XIIIe siècleForme actuelle, longtemps attribuée au franciscain Thomas de Celano
1931Dom Mauro Inguanez, bibliothécaire du Mont-Cassin, découvre ce manuscrit

Le Dies irae dans la liturgie des défunts, avant et après 1969

Le missel de 1962, celui de la messe tridentine, fait du Dies irae la séquence obligatoire du Requiem, avant l’Évangile, y compris le 2 novembre.

Le missel de 1969 l’a retirée des messes des défunts, pour privilégier l’espérance de la résurrection, selon Annibale Bugnini, artisan de la réforme.

  • Liturgie des heures : hymne facultative, en trois parties, pour la dernière semaine du temps ordinaire et le 2 novembre.

Du grégorien au Requiem de Mozart

La mélodie grégorienne du Dies irae compte parmi les plus citées de la musique occidentale, associée depuis le XIXe siècle à la mort.

  • Mozart, Requiem K. 626 : inachevé à sa mort, le 5 décembre 1791, complété par son élève Franz Xaver Süssmayr ; la séquence y forme six mouvements.
  • Verdi, Messa da Requiem, créée le 22 mai 1874 en mémoire d’Alessandro Manzoni.
  • Berlioz, Symphonie fantastique (1830) : la mélodie grégorienne revient dans le « Songe d’une nuit du Sabbat ».
  • Fauré, au contraire, l’omet dans son Requiem.

Questions fréquentes

Que veut dire Dies irae ?

« Jour de colère ». L’expression vient du prophète Sophonie (1, 15) et désigne le Jugement dernier.

Comment prononcer ces deux mots latins ?

On dit « di-èss i-ré » : le « ae » final se lit « é ». Dans « saeclum » ou « favilla », chaque syllabe se fait entendre.

La séquence est-elle encore chantée aux enterrements ?

Pas à la messe de funérailles du missel de 1969, qui l’a supprimée. Elle reste la séquence de la messe de Requiem selon le missel de 1962.

Qui a écrit le Dies irae ?

L’auteur est inconnu. La tradition nomme Thomas de Celano, franciscain du XIIIe siècle, mais un manuscrit de la fin du XIIe siècle en donne déjà une version plus courte.

Où l’entend-on dans le Requiem de Mozart ?

Dans la séquence, qui s’ouvre sur un chœur fortissimo. Suivent le « Tuba mirum », le « Rex tremendae », le « Recordare », le « Confutatis » et le « Lacrimosa ».

Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.

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