15 janvier 2011, l’archevêque de Saragosse célèbre un requiem selon le missel de 1962
Par Grégoire Lestrade · Événement de 15 janvier 2011 · relu le 15 octobre 2026

Le 15 janvier 2011, l’archevêque de Saragosse, Mgr Manuel Ureña Pastor, a chanté un requiem selon le missel de 1962 à Épila, dans une église tout juste restaurée. Selon les sites qui l’ont rapporté, aucun évêque n’avait encore célébré ainsi sur le sol espagnol depuis le motu proprio de 2007.
Le 15 janvier 2011 dans l’église d’Épila
Épila se trouve en Aragon, dans l’archidiocèse de Saragosse. Son église rouvrait après des travaux de restauration. Pour l’occasion, l’archevêque y a chanté une messe des défunts selon le missel de 1962. La musique retenue était le Requiem du compositeur Mariano Rodríguez, interprété pendant la célébration.
Environ 1 200 fidèles y assistaient, avec des représentants des autorités civiles. The New Liturgical Movement a diffusé la nouvelle. Un lecteur espagnol a précisé que la source première était le site Una Voce Málaga, consacré à la défense de la messe grégorienne. Un autre a souligné la vraie nouveauté : le territoire espagnol.
Une église restaurée et une famille comtale
Ce requiem n’était pas un geste isolé. Le 28 juillet 2010, Mgr Ureña Pastor avait déjà présidé dans la même église la réinhumation des restes de la famille des comtes d’Aranda. Il avait alors utilisé les livres liturgiques de 1962. Le lien entre l’édifice, son histoire nobiliaire et la liturgie ancienne s’en trouvait renforcé.
La cérémonie de janvier 2011 marquait donc la deuxième célébration de l’archevêque selon les livres anciens à Épila. Le choix d’une messe des défunts, liée à la mémoire d’une famille historique, inscrivait la forme extraordinaire dans le patrimoine local. Elle associait aussi les autorités civiles, présentes dans l’église ce jour-là.
L’Espagne face à la réforme liturgique depuis 1970
L’arrivée du missel de Paul VI avait provoqué en Espagne une forte réaction d’une partie du clergé. Du 10 au 12 février 1970, un congrès de prêtres s’était réuni à Madrid pour s’opposer à ce qu’ils décrivaient comme une crise de l’Église. L’abbé Raymond Dulac, collaborateur de la revue française Itinéraires, y avait pris part.
Le pays s’était ensuite accoutumé au nouveau missel. En 2011, il restait peu ouvert à la messe traditionnelle, même si le motu proprio de 2007 avait fait bouger les lignes. Le cardinal Antonio Cañizares, Espagnol, dirigeait alors à Rome le dicastère du culte divin et se montrait favorable à l’usus antiquior, ce qui nourrissait l’espoir des fidèles.
Les suites pour l’archevêque et pour l’Espagne
Le 12 novembre 2014, le pape François a accepté la renonciation de Mgr Ureña Pastor au siège de Saragosse. L’archevêque avait fait état de raisons de santé, liées à plusieurs interventions cardiaques. Mgr Vicente Jiménez Zamora, jusque-là évêque de Santander, a été nommé pour lui succéder.
Le cardinal Cañizares a quitté Rome en août 2014 pour devenir archevêque de Valence. Le 16 juillet 2021, le motu proprio Traditionis custodes a remis à chaque évêque la décision d’autoriser la messe selon le missel de 1962. En Espagne comme ailleurs, un requiem comme celui d’Épila dépend désormais de cette autorisation épiscopale.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.