Automne 2011, l’abbé Claude Barthe analyse le préambule doctrinal remis à Écône
Par Grégoire Lestrade · Événement de 14 septembre 2011 · relu le 15 octobre 2026

Le 14 septembre 2011, le cardinal William Levada a remis à Mgr Bernard Fellay un préambule doctrinal. Quelques semaines plus tard, l’abbé Claude Barthe publiait une analyse de cette étape. Ses hypothèses se relisent aujourd’hui à la lumière de ce qui a suivi, jusqu’en 2026.
La rencontre du 14 septembre 2011 à Rome
Ce jour-là, le cardinal Levada, chargé de la doctrine de la foi à la Curie et président de la commission Ecclesia Dei, a reçu Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X. Étaient aussi présents Mgr Luis Ladaria et Mgr Guido Pozzo, ainsi que les abbés Niklaus Pfluger et Alain-Marc Nély, assistants de Mgr Fellay.
Le Saint-Siège a remis à Mgr Fellay un préambule doctrinal, accompagné d’une note préliminaire, et posé son acceptation comme base d’une pleine réconciliation. Le communiqué du jour estimait que les colloques doctrinaux tenus depuis octobre 2009 avaient atteint leur but : clarifier les positions de chacun et les motifs qui les fondent.
Deux formes pour la doctrine comme pour la liturgie
L’abbé Claude Barthe, prêtre et essayiste né en 1947, voyait dans la démarche romaine une forme de cohabitation. Selon lui, une dualité s’installait sur plusieurs points de doctrine, à l’image des deux formes du rite romain reconnues en 2007. Il jugeait cette situation provisoire par nature, et donc appelée à évoluer.
Il ajoutait que ce mouvement s’inscrivait dans une perte d’autorité plus large du magistère, accélérée selon lui par les réformes postconciliaires. Il en tirait un paradoxe : en obtenant sa place, la revendication antimoderne risquait d’être absorbée par le système qu’elle combattait, et d’adoucir son style en échange.
Les forces vives et un pontificat de transition
L’abbé Barthe décrivait ensuite ce qu’il nommait les forces vives : communautés nouvelles, traditionalistes de diverses sensibilités, écoles catholiques, scoutismes, jeunes prêtres. Ces milieux se retrouvaient lors des voyages de Benoît XVI. Il notait leur orientation toujours plus traditionnelle, qu’il liait en partie au motu proprio.
Il qualifiait le pontificat de Benoît XVI de pontificat de transition et allait jusqu’à souhaiter une séparation ouverte entre deux conceptions de l’Église. Ce point de vue très tranché n’engageait que lui. Rome ne l’a pas fait sien : sa ligne restait la recherche d’une régularisation canonique de la Fraternité.
Ce qui a suivi le préambule doctrinal
La réponse de la Fraternité est parvenue à Rome en janvier 2012. Le 16 mars 2012, le Saint-Siège l’a jugée insuffisante pour lever les problèmes doctrinaux en cause. Le 11 juillet 2018, l’abbé Davide Pagliarani a succédé à Mgr Fellay. Le cardinal Levada, qui avait quitté sa charge en 2012, est mort à Rome en septembre 2019, à 83 ans.
Le 1er juillet 2026, la Fraternité a fait sacrer quatre évêques à Écône sans mandat du pape. Le lendemain, un décret du dicastère pour la Doctrine de la foi a constaté l’excommunication des six évêques concernés, dont Mgr Fellay, co-consécrateur. La Fraternité a annoncé un recours contre ce décret le 11 juillet 2026.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.