Un prêtre suisse entre ministère de rue et messe tridentine, portrait d’août 2010
Par Grégoire Lestrade · Événement de août 2010 · relu le 15 octobre 2026

À la fin de l’été 2010, le journal Le Matin consacrait un portrait à l’abbé Hervé Mas, prêtre rattaché au diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Il célébrait la messe tridentine et passait une partie de son temps auprès des toxicomanes de Lausanne.
Un portrait dans Le Matin à l’été 2010
L’abbé Hervé Mas changeait alors de poste. Le diocèse venait de lui confier un poste partagé : 80 % de son temps pour l’unité pastorale Sainte-Thérèse et Saint-Laurent de Fribourg, 20 % pour la diaconie cantonale. Le quotidien Le Matin a profité de ce départ pour raconter son parcours lausannois, inhabituel aux yeux de la presse.
Le journal relevait deux traits qui, pour un lecteur de 2010, semblaient mal s’accorder. Le prêtre portait le col romain et disait la messe tridentine, en latin. Il avait aussi consacré une année à rencontrer, plusieurs fois par semaine, les personnes les plus démunies du centre-ville de Lausanne.
La Riponne et la Soupe populaire
La place de la Riponne, au centre de Lausanne, était alors un lieu de rassemblement de toxicomanes. L’abbé Mas y allait à leur rencontre, ainsi qu’auprès des usagers de la Soupe populaire. Selon Le Matin, il avait entrepris ce ministère de rue de sa propre initiative, sans qu’on le lui demande.
Le prêtre fréquentait aussi d’anciens détenus. Le journal reliait ses deux engagements par une expérience commune du rejet. Les fidèles attachés à la messe en latin se sentaient mis à l’écart, expliquait l’article, un peu comme les marginaux que le prêtre croisait en ville. L’article y voyait le fil commun de ses deux ministères.
Liturgie ancienne et service des pauvres
Le portrait contredisait une idée répandue à l’époque, qui opposait l’attachement à la liturgie traditionnelle et l’engagement social. D’autres prêtres menaient alors une action comparable. Dans la Fraternité Saint-Pierre, un prêtre exerçait ainsi un ministère auprès des détenus, signe que l’abbé Mas n’était pas un cas isolé.
L’article a suscité un vif débat parmi les lecteurs catholiques en ligne. Un commentateur regrettait que le prêtre dise ne pas chercher à convertir ni à sortir les toxicomanes de la drogue, mais seulement à partager une rencontre. Un autre lui répondait en invoquant l’exemple de saint François prêchant par sa seule présence dans Assise.
Un ministère suisse jusqu’en 2023
Selon l’avis mortuaire publié par le diocèse, l’abbé Mas avait été curé de Saint-Nicolas-de-Flue à Lausanne de 2001 à 2009, et doyen du décanat de Saint-Maurice de 2007 à 2009. Il avait ensuite été aumônier de la pastorale de la solidarité dans le canton de Vaud, en 2009 et 2010, avant son départ pour Fribourg.
Il a servi dans la diaconie fribourgeoise à partir de 2010 et comme prêtre auxiliaire de paroisses de Fribourg jusqu’en 2020. Il a aussi collaboré au département vaudois Solidarités de 2013 à 2020. Hervé Mas est mort le 3 décembre 2023, dans sa 79e année. Ses obsèques ont été célébrées le 6 décembre en l’église Saint-Maurice de Fribourg.
Grégoire Lestrade. Grégoire Lestrade a servi la messe enfant avant de découvrir l’ancien missel à vingt ans. Laïc, passionné d’histoire liturgique, il tient ce blog depuis octobre 2026 : prières en latin, liturgie, communautés et histoire de la Tradition.